Comportement verbal

Allez c'est reparti pour un peu de technique...Pas de coup de gueule en ce moment, donc on entre dans le vif du sujet (ABA)!

Un monsieur américain qui s’appelle Burrhus Frederic Skinner a décrit le langage selon sa version « comportementale », donc en s’attachant à ses différentes fonctions (puisque un comportement a une fonction, pour ceux qui ont suivi mes explications fumeuses jusque là…), et cette description constitue la base de tout l’apprentissage de la parole (ou de la communication pour ceux qui utilisent par exemple la lange des signes) pour les enfants autistes.

On a coutume de scinder le langage en « expressif » (je dis un mot) et « réceptif » (j’entends un mot).

Skinner a montré qu’il y a en fait plusieurs fonctions distinctes dans le langage expressif (demande ou "mand", imitation ou "echo", désignation ou "tact", intraverbal, et d’autres plus complexes que je n’aborderai pas), certaines pouvant être déficitaires et d’autres non chez les enfants porteurs d’autisme.

Un même mot peut être utilisé dans certaines circonstances et pas dans d’autres.

Un exemple avec le mot gâteau :

-          Un enfant peut être capable de répéter « gâteau » si on lui dit «dis : gâteau » (= écho ou imitation), et sera incapable de dire « gâteau » s’il en veut un (= demande).

-          Un enfant pourra demander un gâteau convoité (= demande), mais sera incapable de répondre à la question « qu’as-tu mangé pour ton goûter ? » (= intraverbal).

-          Un enfant pourra dire « gâteau » en voyant un gâteau dans une vitrine (= désignation ou « tact »), mais ne dira pas « gâteau » si il veut en manger un (=demande).

C’est très étrange. Ce n’est pas qu’une question de prononciation, de vocabulaire, mais bien de fonctions.

Par exemple il est assez classique que, lors d’un choix, un enfant autiste ne réponde pas à la question (intraverbal) mais répète le dernier mot de la question (écho/imitation) : « veux-tu un gâteau ou du chocolat ? – chocolat ! » Et si vous posez la question dans l’autre sens « veux-tu du chocolat ou un gâteau ? – gâteau !).

 Il faudra donc apprendre à l’enfant non seulement à répéter des sons, des mots, mais aussi à les utiliser dans toutes les fonctions du langage expressif, pour que son langage soit FONCTIONNEL  c’est-à-dire communicatif (= dirigé vers une autre personne), et dans un but donné (que ce soit demander, désigner, répondre à une question, converser etc.).

Pour cela on utilise des procédures de transfert d’une fonction à une autre, par exemple :

-          Moi : qu’est-ce que tu veux ? gâteau. (c’est une guidance)

-          Enfant : gâteau (écho ou imitation)

-          Moi : … (on attend une vraie demande sans rien dire pendant quelques secondes)

-          Enfant : gâteau (transfert de l’écho vers la demande)

-          Moi : d’accord, tiens ton gâteau.

Puis il faut estomper la guidance, peu à peu, comme toujours, pour que l’enfant arrive à demander spontanément son gâteau.

 

 

Bien sûr, au préalable, il faut que l’enfant soit capable d’imiter un mot

L’imitation verbale (d’abord un son isolé, puis une syllabe, puis on duplique les syllabes, puis on associe des syllabes différentes etc.) est un boulot énorme, et très important pour un enfant non verbal. On est pile dedans avec Paul !

Pour cela, on demande à l’enfant de répéter un son (« dit « a » ») et si l’enfant le dit, on renforce. Ça a l’air bête comme ça, mais en fait les sons ne font pas tous partie du répertoire de l’enfant ! Donc au début :

-          D’une part on se sert des sons déjà présents spontanément (dans son babillage « libre » par exemple), comme cela on sait qu’il sait le dire, on le met moins en échec, on peut le renforcer,

-          D’autre part, pour les sons absents du répertoire, on va « façonner », c’est-à-dire qu’au début on va renforcer des approximations du son, puis petit à petit devenir de plus en plus exigeant à mesure que la prononciation s’affine…Même chose avec les mots.

Un exemple : Paul adore l’Ipad. Au début on le lui donnait quand il disait « pa », puis quand c’est devenu vraiment facile et systématique pour lui « apa », puis « apade » (on en est là…très dur le « aïe » du début, et très dur de rendre muet de dernier « e »…).

 

Pour en savoir plus : "Les techniques d'apprentissage du comportement verbal" de Mary Lynch Barbera. Précis et accessible.

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