Babel

Ce matin Paul avait rendez-vous pour un bilan. Une fois de plus je suis surprise de voir à quel point le milieu médical et paramédical (dont je fais partie !) connaît mal l’autisme… Sur l'ensemble des personnes rencontrées, quelques une m’ont fait bonne impression. Mais pour mener à bien d’autres évaluations, j’aurais voulu donner ces conseils :

-          Un enfant autiste n’est(en principe) pas sourd, donc si il ne répond pas à une consigne, il est inutile de la répéter encore et encore de plus en plus fort, c’est soit qu’il ne la comprend pas (donc il faut soit en changer la forme, soit le guider), soit qu’il ne veut pas coopérer (donc il faut trouver sa motivation, et le mieux est encore de lui faire comprendre qu’il aura ensuite accès à une activité qu’il apprécie : « ok tu veux cette poupée ? bon tu veux bien faire ça (ce puzzle) pour moi d’abord ? »…et non, ce n’est pas du chantage. Comment vous faites pour faire manger des épinards à vos enfants, vous ?).

-          Un enfant autiste reste un enfant, et à 4 ans, on est encore beaucoup dans l’opposition, donc si on veut que l’enfant coopère, il ne faut pas se laisser marcher sur les pieds, voir cracher à la figure /gifler(ou sens figuré mais aussi au sens propre)…L’interdiction d’être violent, ça vaut pour tout le monde, même quand on est handicapé ! (l’une des professionnels n’a pas voulu que j’intervienne quand Paul a commencé à la taper au visage pour ne pas faire ce qu’elle voulait…résultat, il a recommencé à plusieurs reprises !)

-          Un enfant autiste n’est pas plus fatigable qu’un enfant neurotypique, donc non !, aller à l’école tous les matins « ne le fatigue pas trop… !!!! » (consternant !)

-          Le flou, le flottement, on n’aime pas ça quand on est autiste, et on occupe le temps mort par tout un tas de stéréotypies qui perturbe l’attention, donc il vaut mieux avoir très bien préparé son évaluation et savoir exactement ce que l’on va faire.

-          Aucune sensibilité aux félicitations sociales, ni d’autosatisfaction pour le travail bien fait, donc  c’est inutile de récapituler à la fin de la séance tout ce que l’enfant a fait en lui disant comme c’était bien…Il s’en fiche, il veut juste qu’on le laisse tranquille, c’est sa meilleure récompense !

-          Si une consigne est bien réalisée, il faut le féliciter de façon TANGIBLE, avec du concret, par exemple le laisser jouer quelques minutes avec l’objet qui lui plaisait tant. C’est le meilleur moyen pour qu’il ait envie de répondre à nouveau à une consigne !

-          Si la consigne n’est pas exécutée, ne pas laisser tomber, car l’enfant apprend très vite, et utilisera la même réponse (soit en étant agressif, soit en partant sur sa planète, ou simplement en disant « non ») pour toutes les consignes…qui a envie de travailler ? surtout « gratuitement » ?

Bref…j’avoue que je suis perplexe…j’ai l’impression que ces personnes ne savent pas ce qu’est réellement, concrètement, au quotidien, l’autisme, ce handicap si déroutant, si multiple, presque invisible à première vue…Nos psychologues ABA ne sont pas parfaites, mais elles ont cette connaissance, elles nous ont donné le « mode d’emploi » de notre fils. Pas de miracle, pas de recette, mais une approche très pragmatique et efficace pour le comprendre et pour qu’il nous comprenne.

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